Les dérives de la commercialisation des crèches en France. Un modèle libéral qui inspire la Déclaration de Politique Régionale et Communautaire

En 2021, en France, 25 % des places de crèches sont gérés par des entreprises commerciales dominées à 65 % par quatre grands groupes. Depuis 20 ans, la montée en puissance du secteur commercial s’est faite par petite touche :

  • Ouverture du subventionnement, au même niveau que les crèches publiques et associatives, pour financement de leur investissement et de leur fonctionnement ;
  • Financement des entreprises pour acheter des places en crèches pour leurs salariés ;
  •  Délégation de la gestion des crèches municipales à des opérateurs commerciaux.

Pour obtenir ces marchés, la concurrence a été rude entre les groupes commerciaux qui se sont fait une guerre des prix. La masse salariale représentant 80 % des coûts de fonctionnement, les groupes compriment les coûts du personnel, en diminuant le nombre de travailleurs au minimum nécessaire. La compression des coûts peut se faire également sur le rationnement des couches des bébés ou sur les repas des enfants.

En outre, la France a mis en place en 2014 un modèle libéral de financement pour toutes les crèches (commerciales, associatives et publiques), en subventionnant à l’heure chaque enfant accueilli. Il faut maximiser en permanence le taux d’occupation : les crèches doivent faire signer des contrats à des familles pour quelques heures éparpillées. En 2022, pour répondre à la pénurie de personnel, des dérogations peuvent être accordées pour le recrutement de travailleur non qualifié.

Les témoignages en France sont désormais nombreux sur les dérives de la commercialisation et du modèle libéral de subventionnement des crèches. Les conditions de travail se sont dégradées : manque de personnel qualifié, taux d’encadrement insuffisant et surcharge de travail qui en découlent. Ces conditions de travail dégradées entraînent des dérives dans les pratiques professionnelles : un rythme de travail à la chaîne et une banalisation des faits de maltraitance des enfants. Les travailleurs perdent leur sens au travail et se retrouvent dans une situation de souffrance éthique quand ils doivent privilégier les critères de gestion financière à leurs valeurs sociales. De nombreux travailleurs quittent alors leur crèche et même le secteur de la petite enfance, entraînant des turn-overs très importants au sein des équipes et des problèmes de recrutements.

En s’inspirant du modèle libéral français, le nouveau Gouvernement MR-Engagés met en avant les premières mesures permettant le développement de la commercialisation du secteur des crèches, qui a pourtant amené la France vers un modèle chaotique.