Les défenseurs du système capitaliste, les opposants à la solidarité, adorateurs du libéralisme et de la loi de la jungle, les pourfendeurs de la Sécurité sociale, des syndicats et des services publics ont beaucoup de points communs. Parmi ceux-ci, on retrouve ce tic langagier qui consiste à ne jamais appeler les pauvres… des pauvres !
Démunis, précaires, exclus, fragiles, défavorisés, personnes en situation de vulnérabilité… Les qualificatifs ne manquent pas quand il s’agit de désigner ceux que l’on pourrait pourtant tout simplement nommer… pauvres. Comme si ce mot était honteux, méprisant, sale voire contagieux. Pourtant, la pauvreté existe bel et bien. Et les pauvres aussi.
Ceux qui se battent pour la justice sociale, une meilleure répartition des richesses et contre la pauvreté n’ont pas cette fausse pudeur. Dire les choses, les nommer, ce n’est pas stigmatiser. C’est refuser l’hypocrisie et les euphémismes, oser donner un nom précis à un phénomène pour le reconnaître, le penser et l’analyser correctement. Et, surtout, mieux le combattre.
La pauvreté a toujours existé. C’est son ampleur, tant en termes de nombre de personnes touchées que de rapport d’inégalité avec les autres classes sociales, qui a varié et varie encore en fonction des époques, des lieux, des systèmes politiques. Mais c’est aussi la manière dont le phénomène est appréhendé par le pouvoir et considéré par l’opinion publique qui a évolué au fil des siècles et est encore très variable selon les pays, cultures, opinions politiques…
Sans s’attarder sur cette multitude d’opinions – aussi nombreuses sans doute que le nombre d’êtres humains – on se concentrera plutôt ici sur un état des lieux actuel de la situation en Belgique.
Il existe deux principaux indicateurs permettant de déterminer la pauvreté. On peut en effet se limiter à l’aspect purement monétaire (revenus mensuels du ménage) ou prendre en considération d’autres facteurs comme les périodes de travail ou l’incapacité de faire face à une dépense essentielle ou inattendue. Ces indicateurs sont néanmoins imparfaits à plusieurs niveaux et font l’objet de débats et polémiques. Sans nous attarder sur ces critiques (qui pourraient faire l’objet d’une étude à part entière), nous en exposerons néanmoins les grandes lignes.
Nous nous pencherons tout d’abord sur l’indicateur monétaire (SILC) avant d’examiner l’indicateur « multifactoriel » de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (AROPE). Pour chacun d’entre eux, on analysera le nombre de personnes concernées en Belgique. Nous examinerons cependant comment l’utilisation de l’un ou l’autre indicateurs peut donner à voir des situations bien différentes.