Quand le socialisme s’écrivait au pluriel

« Nous vivons une époque épique, et pourtant nous n’avons plus rien d’épique. »

Ces mots, couchés sur le papier par le chanteur anarchiste Léo Ferré (1916-1993), n’ont pas pris une ride depuis qu’ils ont été enrobés de musique, il y a un demi-siècle environ. À l’heure des tablettes et smartphones, l’impression d’avoir un cerveau de rechange à portée des doigts a beau nous gorger du sentiment de tout savoir, nous n’en sommes pas moins perdus dans le brouillard épais de l’histoire. En accaparant continuellement notre attention par d’infinies et brèves sollicitations, les écrans nous confinent dans un univers d’immédiateté où l’instant enfle et gagne tellement en importance que le sens des perspectives s’étiole et se brouille. Qu’est-ce qui relie hier à aujourd’hui ? Savons-nous ce que nos modes de vie doivent aux générations passées ? Nous qui pensons souvent que les idéologies sont fanées, avons-nous seulement en mémoire la manière dont elles ont jadis fleuri pour façonner nos démocraties ?