23 heures et cinquante minutes sur Terre

par
Bruno Poncelet

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signes

Il sera question, dans cette étude, de voyage et de dépaysement.

Dépaysement, tout d’abord, eu égard aux dérives haineuses d’un monde contemporain en proie à une pauvreté culturelle étouffante. Non que les occasions de s’enrichir l’esprit manquent ! Mais l’air du temps – hélas – fait la part belle aux détestables logiques discriminatoires du bouc émissaire visant des populations précaires (allocataires sociaux, chômeuses, sans papiers…), sans oublier de couvrir le débat public de fake news et raccourcis innommables où l’on peine à trouver un peu de hauteur de vue.

D’où l’idée du voyage. Un voyage pour s’aérer le cerveau. Un voyage pour respirer autre chose que l’air fétide vantant la haine et le mépris de l’Autre. Un voyage érudit au pays de livres conduisant loin du monde contemporain pour arpenter des époques révolues ; des époques si révolues que les manières d’y vivre et d’y faire société nous sont largement inconnues. Partant de l’aube de l’humanité il y a 300.000 ans, nous allons parcourir à grandes enjambées l’histoire de notre espèce (les Homo Sapiens). Chemin faisant, nous croiserons certains concepts qui nous semblent familiers : la nature humaine, la vie en société, la culture, le progrès, la religion ou encore l’opposition supposée entre l’État et le marché.

Mais ne cachons pas nos intentions : loin des lapalissades visant à confirmer des a priori solidement ancrés en nous, l’intention de cet écrit est plutôt de décentrer. De secouer. D’interroger en ébranlant nos certitudes. Comment ? En faisant connaissance avec les rapports au monde – et donc aux autres – de celles et ceux que je nomme des peuples mosaïques. Mieux connus sous le nom de peuples indigènes, les peuples mosaïques font partie des grands oubliés de l’histoire moderne : durant des siècles, le colonialisme occidental les a réduits en bouillie et considérés comme des moins-que-rien, condamnant ainsi à l’invisibilité leurs façons d’interagir avec les autres. En rendant visible ce qui est resté trop longtemps invisible, en découvrant des manières de vivre et de penser certes déroutantes mais bien réelles, l’idée est d’opter pour une perspective malmenant nos manières coutumières de penser. Dans quel but ? Je dirais simplement ceci : en cette époque de certitudes nauséabondes, susciter une saine curiosité et entraîner son esprit à tolérer les différences peut être – qui sait ? – un petit pas salvateur pour échapper aux déferlantes abrutissantes du prêt-à-penser contemporain.